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Sahara occidental : l’autodétermination à l’épreuve du fait accompli

Par admin · 02/11/2026 à 17:16 · 104 vues
Sahara occidental : l’autodétermination à l’épreuve du fait accompli

L’avenir de l’autodétermination du peuple sahraoui se joue désormais sur une ligne de crête. Le cadre onusien qui, pendant trois décennies, a maintenu vivante la perspective d’un référendum s’est déplacé vers une logique d’autonomie sous souveraineté marocaine. Le principe du consentement des Sahraouis n’a pas formellement disparu des textes, mais les instruments chargés de le mettre en œuvre ont, eux, bel et bien cessé d’exister. La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, a fait du plan d’autonomie marocain « la base des négociations » pour régler le différend. Un an plus tard, le 31 octobre 2026, le Conseil de sécurité n’a pas renouvelé le mandat de la MINURSO, mettant fin à trente-cinq années de déploiement onusien sur le terrain.

Ce double mouvement , consécration de l’autonomie comme horizon, disparition du mécanisme de surveillance,dessine un nouvel ordre des choses où le droit à l’autodétermination est invoqué, mais où les moyens de l’exercer se sont évaporés.

Le Maroc : l’autonomie comme point final

Rabat ne cache pas sa satisfaction. La résolution 2797 a été saluée comme une « étape importante » et la non-reconduction de la MINURSO comme la fin d’« une page de 35 ans ». Le plan d’autonomie, présenté pour la première fois en 2007, a été approfondi et détaillé lors des discussions de Madrid, les 8 et 9 février 2026, sous l’égide des États-Unis. Le document, une quarantaine de pages, prévoit un Parlement régional à représentation mixte ,élus au suffrage universel et représentants des tribus sahraouies ,doté d’un pouvoir législatif régional complet. Mais l’exécutif régional serait dirigé par un chef de gouvernement « formellement investi par le Roi », un point qui concentre les désaccords. Pour le Maroc, il ne s’agit plus de négocier le principe de la souveraineté, mais d’en aménager les modalités.

Le Polisario : le référendum comme condition, non comme option

Le Front Polisario maintient que le référendum demeure « le seul outil d’autodétermination » et rejette toute approche qui légitimerait l’occupation marocaine. Il a vivement contesté la méthode de l’envoyé personnel de l’ONU, Staffan de Mistura, lui reprochant de s’aligner sur la position marocaine et de compromettre l’impartialité de la médiation. Pourtant, le mouvement n’a pas claqué la porte. Il continue de participer au processus diplomatique et a même laissé entendre qu’il pourrait accepter un plan d’autonomie s’il était validé par un référendum auprès de la population sahraouie. Cette position, si elle était maintenue, déplacerait le conflit du terrain de la souveraineté vers celui des modalités du consentement ,un déplacement que Rabat n’est pas disposé à accepter, puisqu’il reviendrait à conditionner l’autonomie à un vote dont l’issue n’est pas garantie.

L’Algérie : la décolonisation comme grille de lecture

Alger refuse de voir dans ce dossier autre chose qu’une « question de décolonisation ». Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a mis en garde contre « toute tentative de contourner la légalité internationale » et d’« établir et de légitimer un fait accompli imposé au Sahara occidental ». L’Algérie fixe quatre conditions à un règlement définitif, dont la consultation du peuple sahraoui comme « condition sine qua non ». Mais Alger a participé aux négociations de Madrid, aux côtés du Maroc et de la Mauritanie, et une commission technique tripartite doit poursuivre le travail sur la base du document marocain. Pour certains observateurs cette participation, même critique, entérine de fait le cadre imposé par la résolution 2797.Mais Alger rejette formellement l'idée que sa présence valide les termes de Rabat ou modifie sa position doctrinale sur le conflit.

L’ONU : un engagement de principe, sans moyens

Le Secrétaire général António Guterres a été clair : le départ de la MINURSO « ne remet nullement en cause » le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination, et les Nations Unies restent prêtes à soutenir une « solution politique juste, durable et mutuellement acceptable ». Mais l’ONU n’a plus de mission sur le terrain pour surveiller un cessez-le-feu déjà rompu depuis 2020, ni pour encadrer une quelconque consultation populaire. Staffan de Mistura a lui-même demandé au Conseil de sécurité de « lever les ambiguïtés » de la résolution 2797, signe que le cadre onusien lui-même reconnaît le flou de son propre texte.

Trois scénarios, un même vertige

Le premier scénario est celui d’une autonomie négociée, avec une validation sahraouie sous une forme restant à définir. C’est la voie que l’ONU appelle de ses vœux, et que le Polisario pourrait accepter s’il obtient des garanties sur le corps électoral et sur le mode de désignation de l’exécutif. Mais les points de blocage sont réels, et le temps presse.

Le deuxième scénario est celui du fait accompli. Si les négociations s’enlisent ou si la consultation est jugée non conforme, le Maroc consoliderait son contrôle sans consentement sahraoui. L’ancien envoyé personnel de l’ONU, Christopher Ross, a averti qu’une « solution unilatérale imposée au peuple sahraoui » non seulement compromettrait la paix, mais « perpétuerait l’insécurité en Afrique du Nord ». Le Polisario, de son côté, a laissé entendre que « la force deviendrait le seul moyen » de contester un tel dénouement.

Le troisième scénario est celui d’une régionalisation du conflit. Avec la disparition de la MINURSO, le dossier pourrait échapper au cadre multilatéral pour se jouer dans des négociations bilatérales ou trilatérales impliquant Washington, Paris et Alger. Le Courrier international résume la logique à l’œuvre : après avoir empêché pendant trente-cinq ans l’organisation du référendum, on entreprend désormais de supprimer jusqu’à sa référence dans le dispositif onusien.

En conclusion, l’autodétermination du peuple sahraoui n’est pas formellement enterrée. Elle figure encore dans les déclarations onusiennes, dans les résolutions, dans le discours des parties. Mais elle a perdu ses instruments. Le référendum n’est plus qu’une option parmi d’autres, et l’autonomie est devenue la base obligée de toute discussion. La question n’est plus de savoir si les Sahraouis seront consultés, mais comment , et par qui , leur consentement sera défini. C’est là que se joue, désormais, l’avenir d’un droit que la communauté internationale continue de proclamer sans plus le garantir.

ABD

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