Tribune

Quand l'opportunisme devient la boussole d'un peuple.

Par admin · 20/09/2026 à 21:13 · 120 vues
Quand l'opportunisme devient la boussole d'un peuple.

Il arrive un moment, dans la vie des nations, où la question n'est plus de savoir ce qui est vrai, mais ce qui est utile. Ce moment ne survient pas par accident. Il est préparé, orchestré, légitimé et souvent par ceux-là mêmes qui devraient éclairer : les intellectuels, les faiseurs d'opinion, les gardiens du discours public.

Lorsque la folie de l'opportunisme s'empare d'un peuple guidé en cela par ses élites, il faut s'attendre à tout. Et le pire, hélas, est souvent au rendez-vous.

Le silence des consciences

Le premier signe est là, discret mais décisif : les consciences se taisent. Non pas qu'elles disparaissent mais parcequ'elles choisissent de ne plus parler. L'intellectuel qui savait nuance et mesure découvre soudain que la nuance ne rapporte plus. La tribune qui dérange coûte une carrière. Le chercheur qui contredit le récit dominant devient un paria. Alors, par petites lâchetés cumulées, on assiste à ce que Milan Kundera appelait "l'unanimité des lâches", un peuple entier qui applaudit ce qu'il ne croit plus.

Le règne du paraître

Vient ensuite l'inversion des valeurs. Le discours public cesse d'être un lieu de vérité pour devenir un marché. Chaque idée y vaut non par sa justesse, mais par sa rentabilité politique. On ne parle plus pour dire, on parle pour occuper l'espace. Le verbe se vide, les mots se galvaudent, la parole se dévalue comme une monnaie qu'on imprime sans limite. Et dans ce vacarme, la modération devient suspecte, la prudence une trahison, le doute une faiblesse.Les troubadours qui ont desormais droit de cité prennent la releve.Comme des chefs d'orchestre,ils dirigent attribuant á chacun le rôle d'un instrument á corde dans la partition. Des premiers violons aux contrebasses,la distribution suit une côte comme à la bourse des valeurs.Les Premiers violons sont les mieux cotés car ils jouent les notes les plus aiguës et portent la mélodie principale.Le premier violon solo guide aussi l'orchestre et son chef. Dans ce grand theatre,celui qui aura le plus déboursé verra son nom porter la mélodie principale et la note la plus aiguë. Le troubadour,jouant le chef d'orchestre et placé au centre, il guide les foules, indique le tempo, les nuances (fort ou doucement) et unit tous les instruments pour former une seule voix.

La fabrique des boucs émissaires

Car l'opportunisme collectif, pour se maintenir, a besoin d'un ennemi. Il lui faut un corps étranger à désigner, une minorité à sacrifier, un dissident à exposer. L'exemple du panier à crabes,lorsqu'un corps étranger est jeté dans le panier,les crabes s'arrêtent de se mordre pour se retourner contre lui.

Ce n'est plus l'idée qu'on combat, c'est l'homme qu'on abat. On ne réfute plus, on stigmatise. On ne débat plus, on dénonce. Et ceux qui refusent de jouer le jeu sont accusés ,non d'avoir tort, mais d'être hors du réel, hors du peuple, hors de l'histoire ,hors-jeu.

L'effondrement des garde-fous

Puis viennent les institutions. Elles tiennent encore debout, mais elles sont vides. Les règles sont contournées au nom de l'urgence, les procédures balayées au nom de l'efficacité, les contre-pouvoirs neutralisés au nom de l'unité. On conserve les formes , élections, parlements, tribunaux mais on en abandonne la substance. C'est la démocratie sans le débat, la justice sans l'équité, la vérité sans la preuve. Une façade qui rassure pendant que tout se joue ailleurs, dans l'ombre des calculs.

Le réveil

Et puis, un jour, la réalité revient. Elle revient toujours. Sous forme de crise, de conflit, d'effondrement, ou de ce retour de flamme qui emporte ceux-là mêmes qui avaient guidé la foule. Car l'opportunisme ne construit rien : il occupe, il retarde, il illusionne. Il ne remplace pas la vérité, il la suspend. Et ce qui est suspendu finit toujours par tomber.

La responsabilité première

Il serait tentant, et commode, d'accuser le peuple. Mais le peuple ne fait que suivre. Il suit ceux qui parlent fort, ceux qui promettent beaucoup, ceux qui rassurent sans convaincre. La responsabilité première incombe à ceux qui, ayant la parole et le savoir, choisissent de flatter plutôt que d'éclairer. À ceux qui, pouvant dire non, disent oui. À ceux qui, sachant, se taisent.

Soljenitsyne l'avait écrit sans détour : "Le mensonge ne peut s'installer dans le monde que si les hommes de bien le tolèrent."

Alors, face à cette dérive, que faire ? Il n'existe qu'une réponse, ancienne et exigeante : résister. Résister à la facilité, à la complaisance, à la peur. Dire le vrai, même quand il ne rapporte rien. Refuser l'unanimité quand elle devient mensonge. Et se souvenir que, dans les heures sombres, ce ne sont pas les opportunistes qui sauvent les nations, ce sont les obstinés de la vérité.

En guise de conclusion,une évidence à rappeler : une société qui troque la vérité contre l'utile finit par perdre les deux.

 

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