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« Où allons-nous ? » : la question que la Mauritanie doit désormais se poser à elle-même

Par admin · 22/09/2026 à 13:58 · 117 vues
« Où allons-nous ? » : la question que la Mauritanie doit désormais se poser à elle-même

La question « Où allons-nous ? », du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, mérite d’être prise au sérieux. Elle ne devrait pas être seulement une interrogation adressée au gouvernement, à l’opposition ou à la société.

Elle devrait devenir une question nationale : quelle Mauritanie voulons-nous construire, et surtout, quelle Mauritanie sommes-nous réellement en train de construire ?

Depuis 2019, le pouvoir a placé au centre de son discours la stabilité, l’action sociale, le renforcement de l’État et la transformation économique. Après sa réélection en juin 2024, les priorités affichées ont notamment porté sur la gouvernance, la résilience économique, le capital humain, l’inclusion sociale et la sécurité.

Mais entre les ambitions proclamées et la réalité vécue, un espace demeure.

C’est précisément dans cet espace que se trouve la réponse à la question : où allons-nous ?

Une économie qui avance, mais qui reste fragile

La Mauritanie possède aujourd’hui des atouts considérables : fer, or, cuivre, ressources halieutiques et désormais gaz. La production de gaz a commencé en 2025 et contribue déjà aux recettes d’exportation et aux recettes publiques. La Banque mondiale estime que la croissance a atteint environ 4,2 % en 2025, après 6,3 % en 2024, tandis que la pauvreté aurait reculé de 27 % à 25,2 %. 

Ces chiffres constituent des éléments importants du bilan économique.

Mais ils posent également une question essentielle : la richesse produite transforme-t-elle suffisamment la vie quotidienne des citoyens ?

Car une croissance fondée principalement sur les industries extractives ne garantit pas, à elle seule, une transformation profonde de la société. La Banque mondiale souligne justement que la diversification économique et la création d'emplois restent essentielles pour assurer une croissance durable et inclusive.

Le véritable défi n'est donc plus seulement de produire davantage. Il est de transformer les ressources naturelles en écoles performantes, en hôpitaux efficaces, en emplois, en infrastructures, en entreprises nationales et en opportunités pour la jeunesse.

Le pétrole et le gaz ne doivent pas devenir une illusion de prospérité

Le démarrage du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim ouvre une nouvelle étape pour la Mauritanie. Mais l'expérience des économies dépendantes des matières premières enseigne une chose : une ressource naturelle peut être une chance, mais elle peut aussi devenir une dépendance.

La question « Où allons-nous ? » signifie donc aussi : que ferons-nous de l'argent du gaz ?

S'il sert principalement à financer les dépenses courantes, son effet sera limité. S'il permet de bâtir un capital humain de qualité, de développer l'agriculture, la pêche, l'industrie, les infrastructures et le secteur privé, il peut contribuer à transformer durablement le pays.

Le FMI estime que les perspectives économiques demeurent favorables, avec une croissance projetée à 4,7 % en 2026 et autour de 5 % en moyenne sur 2026-2029, notamment grâce à la montée en puissance du projet gazier et aux réformes structurelles. Mais l'institution souligne également les risques extérieurs et la nécessité de poursuivre les réformes. 

La véritable bataille sera celle du capital humain

Une nation ne se construit pas seulement avec des routes, des bâtiments et des projets miniers.

Elle se construit avec des hommes et des femmes formés, soignés, responsabilisés et capables de participer à l'économie nationale.

C'est probablement là que se trouve l'un des principaux défis mauritaniens. La Banque mondiale estime qu'un enfant mauritanien né aujourd'hui n'atteindra, à l'âge adulte, qu'environ 38 % de son potentiel de productivité, selon son indice de capital humain. Elle relève également d'importantes difficultés dans l'apprentissage et la nutrition infantile. 

Voilà une réponse possible à la question présidentielle : nous allons vers une société plus riche en ressources, mais nous devons encore devenir beaucoup plus riches en compétences.

L'école doit donc cesser d'être seulement un chantier institutionnel. Elle doit devenir le chantier central de la République.

La jeunesse : la question que l'on ne peut plus repousser

La jeunesse mauritanienne représente à la fois la plus grande force du pays et l'une de ses principales préoccupations.

Le programme présidentiel a placé la création d'emplois, l'autonomisation des jeunes et la lutte contre la corruption parmi ses engagements. 

Mais la jeunesse ne demande pas uniquement des discours. Elle demande une possibilité réelle de construire sa vie dans son propre pays.

Lorsqu'un jeune ne trouve ni formation adaptée, ni emploi, ni financement pour entreprendre, ni perspective d'avenir, la croissance économique devient une statistique qui ne répond pas entièrement à son quotidien.

La question « Où allons-nous ? » devient alors beaucoup plus directe :

Allons-nous construire une Mauritanie où la jeunesse veut y rester ou une Mauritanie dont sa jeunesse continuerait à vouloir quitter.

L'État doit maintenant passer de la promesse à la preuve

Le gouvernement affiche depuis plusieurs années l'objectif de construire un État moderne, fort, juste et proche du citoyen. La nouvelle stratégie de partenariat de la Banque mondiale pour 2026-2030 insiste elle aussi sur quatre priorités : davantage d'emplois de qualité, des institutions renforcées et une meilleure gouvernance, des territoires mieux connectés et une population plus résiliente. 

Le défi est donc moins de définir les priorités que de mesurer leur réalisation.

Combien d'emplois créés ?

Combien d'enfants réellement mieux formés ?

Combien de citoyens ayant effectivement accès à des soins de qualité ?

Combien d'entreprises nationales capables de devenir compétitives ?

Combien de procédures administratives supprimées ?

Combien de ressources publiques économisées ?

Combien de citoyens qui peuvent constater concrètement l'amélioration de leur situation ?

Une République moderne ne doit pas seulement demander au citoyen de croire. Elle doit lui donner les moyens de vérifier.

Et la question de l'unité nationale

Aucune stratégie économique ne pourra réussir durablement si la société reste traversée par les fractures identitaires, sociales ou territoriales.

L'unité nationale ne peut pas être uniquement un slogan prononcé lors des cérémonies officielles. Elle doit se traduire par l'égalité devant l'État, l'accès équitable aux services publics, la justice et la possibilité pour chaque citoyen de se sentir pleinement Mauritanien.

La stabilité politique et sécuritaire constitue un acquis important dans une région marquée par les crises. Mais la stabilité ne doit pas être considérée comme une fin en soi. Elle doit être le socle permettant de construire une société plus juste et plus prospère.

Alors, où allons-nous ?

La réponse honnête n'est ni catastrophiste ni triomphaliste.

La Mauritanie avance. Mais elle n'est pas encore arrivée.

Elle dispose aujourd'hui de ressources naturelles considérables, d'une position géographique stratégique et d'une relative stabilité dans un environnement régional difficile. Elle connaît aussi des progrès économiques et sociaux mesurables.

Mais elle reste confrontée à des défis profonds : qualité de l'éducation, santé, emploi des jeunes, diversification économique, efficacité administrative, gouvernance et réduction des inégalités.

La véritable question posée par « Où allons-nous ? » devrait donc être suivie de quatre autres :

Que voulons-nous devenir ?

Que sommes-nous prêts à changer ?

Qui bénéficiera de la croissance ?

Et que laisserons-nous aux générations futures ?

Car l'avenir de la Mauritanie ne sera pas déterminé uniquement par le prix du fer, de l'or ou du gaz.

Il sera déterminé par la qualité de ses institutions, par son école, par sa jeunesse, par sa capacité à produire, par la justice sociale et par la confiance entre le citoyen et l'État.

La Mauritanie peut devenir une économie plus prospère. Mais la véritable ambition doit être plus grande : devenir une République où la richesse du sous-sol se transforme en richesse humaine, où la stabilité produit du progrès et où chaque génération peut regarder l'avenir avec davantage de confiance que la précédente.

C'est peut-être là, finalement, la réponse la plus exigeante à la question : « Où allons-nous ? »

Nous allons vers ce que nous déciderons collectivement de construire à condition d'avoir le courage de mesurer lucidement le chemin déjà parcouru et celui qui reste encore à parcourir.

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