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AprĂšs plusieurs changements dâopĂ©rateurs, des milliards dâanciennes ouguiyas mobilisĂ©s et des rĂ©organisations successives, la capitale mauritanienne continue de crouler sous les dĂ©chets. Le recadrage dâARMA par le ministre de lâIntĂ©rieur et le nouveau pilotage confiĂ© au ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© de la DĂ©centralisation peuvent-ils enfin marquer un vĂ©ritable tournant ?
Nouakchott Ă©touffe sous les dĂ©chets. Les dĂ©pĂŽts sauvages se multiplient, les points de regroupement dĂ©bordent et plusieurs quartiers restent confrontĂ©s Ă une collecte irrĂ©guliĂšre. Cette situation, devenue rĂ©currente, pose une question fondamentale : comment une capitale qui a connu autant de contrats, de changements dâopĂ©rateurs, de multiples initiatives et d'Ă©normes financements consacrĂ©s Ă la propretĂ© peut-elle encore se retrouver dans une telle impasse ?
Depuis plus de vingt ans, les autoritĂ©s successives ont tentĂ© diffĂ©rentes formules pour organiser la collecte, le transpor, lâĂ©vacuation et lâenfouissement des dĂ©chets. Des entreprises privĂ©es ont Ă©tĂ© sollicitĂ©es, des dispositifs publics ont Ă©tĂ© mis en place, des contrats ont Ă©tĂ© attribuĂ©s ou interrompus. Pourtant, le rĂ©sultat attendu demeure largement absent : une ville propre dotĂ© d'un service rĂ©gulier et durable.
Il ne sâagit donc plus seulement de constater lâaccumulation des ordures. Il faut comprendre les Ă©checs successifs, identifier les responsabilitĂ©s et tirer les leçons des expĂ©riences passĂ©es.
1. Avant Pizzorno : une gestion communale aux moyens limités
Avant lâintervention des grands opĂ©rateurs privĂ©s, la gestion des dĂ©chets reposait essentiellement sur les structures publiques et communales. Les communes avaient la responsabilitĂ© de lâhygiĂšne et de lâenlĂšvement des ordures mĂ©nagĂšres, mais elles Ă©taient confrontĂ©es Ă des moyens humains, matĂ©riels et financiers insuffisants pour rĂ©pondre Ă lâexpansion rapide de la ville.
Cette difficultĂ© a progressivement conduit les pouvoirs publics Ă rechercher des solutions faisant appel Ă des entreprises spĂ©cialisĂ©es, avec lâambition dâamĂ©liorer la collecte et le transport des dĂ©chets Ă travers des contrats de prestation.
2. LâexpĂ©rience Pizzorno : une premiĂšre grande tentative de professionnalisation
Ă partir de 2007, lâentreprise Pizzorno, Ă travers son dispositif dâintervention, a Ă©tĂ© associĂ©e Ă la gestion des dĂ©chets de Nouakchott. Cette expĂ©rience devait permettre de moderniser le service et dâapporter une rĂ©ponse plus organisĂ©e aux besoins de la capitale.
Cependant, cette collaboration a pris fin en mai 2014, dans un contexte de différends autour des conditions contractuelles et de la révision des prix. La rupture a entraßné une nouvelle période de réorganisation et de retour à une gestion publique.
LâexpĂ©rience Pizzorno a ainsi montrĂ© quâun contrat avec un opĂ©rateur spĂ©cialisĂ© ne suffit pas, Ă lui seul, Ă garantir la continuitĂ© dâun service public. Il faut Ă©galement un cahier des charges rĂ©aliste, un contrĂŽle rigoureux, des mĂ©canismes de sanction et une capacitĂ© institutionnelle Ă assurer la continuitĂ© du service en cas de dĂ©faillance.
3. Le retour Ă la gestion publique et le recours Ă plusieurs prestataires
Entre 2015 et 2016, la CommunautĂ© urbaine de Nouakchott a repris une partie de la gestion du service. Ă partir de juillet 2016, quatre prestataires privĂ©s ont ensuite Ă©tĂ© mobilisĂ©s pour assurer diffĂ©rentes opĂ©rations de collecte et de transport, tandis que la gestion du centre dâenfouissement restait du ressort de la structure publique compĂ©tente.
Cette organisation a constituĂ© une nouvelle tentative de rĂ©ponse aux difficultĂ©s de la capitale. Mais la multiplication des intervenants, la coordination des prestations et la maĂźtrise de lâensemble de la chaĂźne ont continuĂ© de poser problĂšme.
LâexpĂ©rience a notamment mis en Ă©vidence la nĂ©cessitĂ© dâune autoritĂ© clairement identifiĂ©e, capable de coordonner les acteurs, de contrĂŽler les prestations et de rendre compte des rĂ©sultats.
4. La SMTD : prĂšs de six annĂ©es dâintervention et des questions financiĂšres majeures
Entre octobre 2019 et juin 2025, la Société mauritanienne de traitement des déchets (SMTD) a occupé une place importante dans le dispositif de collecte et de transport des déchets à Nouakchott.
Cette pĂ©riode mĂ©rite une attention particuliĂšre. Selon les chiffres avancĂ©s dans les observations portĂ©es Ă notre connaissance, lâĂtat aurait versĂ© Ă cette sociĂ©tĂ© plus de 32 milliards dâanciennes ouguiyas (MRO) au cours de cette expĂ©rience, alors quâaucun investissement structurant significatif ne lui serait attribuĂ©.
Une telle affirmation appelle nécessairement des explications documentées. Quels montants ont réellement été décaissés ? Quelles prestations ont été exécutées ? Quels équipements ont été acquis ? Quels investissements ont été réalisés ? Quels résultats mesurables ont été obtenus au regard des sommes engagées ?
Il serait anormal quâune expĂ©rience de cette durĂ©e et dâun tel coĂ»t financier se termine sans quâun bilan public, prĂ©cis et vĂ©rifiable soit prĂ©sentĂ© aux citoyens.
La SMTD ne peut donc ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un simple Ă©pisode de la chronologie. Son passage doit faire lâobjet dâune Ă©valuation financiĂšre et technique indĂ©pendante, permettant de comparer les dĂ©penses engagĂ©es, les moyens rĂ©ellement mobilisĂ©s et les rĂ©sultats obtenus.
Cette exigence est dâautant plus importante que la question de la gestion des dĂ©chets ne peut continuer Ă ĂȘtre traitĂ©e par des changements successifs de prestataires sans Ă©valuation sĂ©rieuse des expĂ©riences prĂ©cĂ©dentes.
5. ARMA : un contrat important, des attentes élevées et des résultats insuffisants
AprĂšs plusieurs rebondissements dans la procĂ©dure de passation du marchĂ©, le contrat de gestion des dĂ©chets a finalement Ă©tĂ© attribuĂ© Ă ARMA Holding le 4 juin 2025, pour une durĂ©e annoncĂ©e de dix ans et un montant annuel de 7,06 milliards dâanciennes ouguiyas. Son entrĂ©e en vigueur est intervenue en juillet 2025.
Un contrat de cette importance devait ouvrir une nouvelle Ă©tape dans la gestion des dĂ©chets Ă Nouakchott. Lâentreprise retenue devait ap1porter une organisation professionnelle, des moyens techniques adaptĂ©s et une capacitĂ© opĂ©rationnelle suffisante pour assurer la continuitĂ© du service.
Or, en novembre 2026, la situation reste prĂ©occupante. Les insuffisances constatĂ©es ont conduit le ministre de lâIntĂ©rieur Ă recadrer lâentreprise et Ă demander des mesures correctives. Un plan dâurgence a Ă©tĂ© annoncĂ©, avec notamment lâĂ©vacuation des dĂ©chets accumulĂ©s dans les dĂ©pĂŽts temporaires, la remise en fonctionnement de ces dĂ©pĂŽts, lâexamen de la situation du centre dâenfouissement de Tivirit et la mise Ă disposition des moyens logistiques dâARMA au profit des trois walis.
Les autoritĂ©s ont Ă©galement demandĂ© aux walis de formuler des propositions et annoncĂ© une nouvelle rĂ©union dâĂ©valuation.
Ces mesures tĂ©moignent dâune volontĂ© de reprendre le contrĂŽle de la situation. Mais elles soulĂšvent une question essentielle : comment un contrat aussi important, attribuĂ© Ă une entreprise sĂ©lectionnĂ©e Ă lâissue dâune procĂ©dure internationale, peut-il produire des rĂ©sultats aussi insuffisants aprĂšs une pĂ©riode dâexĂ©cution relativement courte ?
6. ARMA ne peut pas se dérober à ses responsabilités
Il faut ĂȘtre clair : les difficultĂ©s de Nouakchott ne peuvent servir dâalibi Ă ARMA.
Une entreprise qui participe Ă un appel dâoffres international, qui prĂ©sente ses capacitĂ©s techniques et financiĂšres et qui accepte un contrat de cette envergure est censĂ©e avoir Ă©tudiĂ© les rĂ©alitĂ©s du terrain avant de sâengager. Elle doit connaĂźtre les contraintes urbaines, les difficultĂ©s dâaccĂšs Ă certains quartiers, les problĂšmes de circulation, les habitudes de dĂ©pĂŽt des dĂ©chets et les limites des infrastructures existantes.
Ces contraintes ne sont pas apparues aprĂšs la signature du contrat. Elles faisaient partie de lâenvironnement dans lequel lâentreprise a choisi de soumissionner.
ARMA ne peut donc pas invoquer aujourdâhui les difficultĂ©s de la ville, lâincivisme dâune partie de la population ou les contraintes administratives pour se soustraire Ă ses obligations contractuelles.
La responsabilitĂ© de lâentreprise doit ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e Ă partir de rĂ©sultats concrets : frĂ©quence de collecte, couverture des quartiers, tonnages Ă©vacuĂ©s, disponibilitĂ© des vĂ©hicules, Ă©tat des Ă©quipements, propretĂ© des axes et respect des dĂ©lais.
Les moyens annoncĂ©s ne doivent pas remplacer les rĂ©sultats attendus. Il faut des indicateurs vĂ©rifiables, des contrĂŽles rĂ©guliers et, lorsque les manquements sont Ă©tablis, lâapplication effective des pĂ©nalitĂ©s prĂ©vues au contrat.
Si ARMA ne dispose pas des capacités nécessaires pour honorer ses engagements, les autorités doivent prendre leurs responsabilités et préparer une solution alternative dans le respect des rÚgles de la commande publique.
7. Une responsabilitĂ© communale que lâĂtat ne doit pas effacer
Une autre question fondamentale mĂ©rite dâĂȘtre rappelĂ©e : la collecte des dĂ©chets relĂšve juridiquement des compĂ©tences communales.
Lâarticle 2 de lâordonnance n° 87-289 du 20 octobre 1987 instituant les communes mentionne expressĂ©ment, parmi les compĂ©tences communales, « lâenlĂšvement des ordures mĂ©nagĂšres ». Il ne sâagit donc pas dâune responsabilitĂ© inventĂ©e au grĂ© des circonstances, mais dâune compĂ©tence prĂ©vue par les textes.
La lĂ©gislation relative Ă la gestion des dĂ©chets prĂ©cise Ă©galement le rĂŽle des communes dans lâorganisation du circuit de collecte et de transport, y compris lorsque le service est confiĂ© Ă un opĂ©rateur public ou privĂ©.
Cela signifie que la dĂ©lĂ©gation de lâexĂ©cution Ă une entreprise ne fait pas disparaĂźtre la responsabilitĂ© institutionnelle des collectivitĂ©s territoriales. Elle impose au contraire une organisation claire des rapports entre les communes, les autoritĂ©s de tutelle et lâopĂ©rateur chargĂ© de la prestation.
Il faut donc Ă©viter deux erreurs : dĂ©responsabiliser les communes au motif que lâĂtat finance ou pilote certaines opĂ©rations, et dĂ©responsabiliser ARMA au motif que la compĂ©tence relĂšve juridiquement des collectivitĂ©s locales.
Les responsabilitĂ©s doivent ĂȘtre clairement rĂ©parties : les communes doivent assumer leur rĂŽle dans lâorganisation du service de proximitĂ©, lâĂtat doit assurer la coordination nationale, le financement et le contrĂŽle institutionnel, tandis que lâentreprise doit exĂ©cuter intĂ©gralement les prestations auxquelles elle sâest engagĂ©e.
La question nâest pas de dĂ©signer un seul responsable pour toutes les dĂ©faillances. Elle est de faire en sorte que chaque acteur rĂ©ponde effectivement de ses obligations.
8. Le nouveau pilotage : un profil qui peut apporter une autre approche
Le recadrage engagĂ© par le ministre de lâIntĂ©rieur et le transfert du pilotage du dossier au ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© de la DĂ©centralisation constituent un signal politique important.
Le choix de confier ce dossier Ă Yacoub Ould Salem Vall peut reprĂ©senter une opportunitĂ©. Son parcours associe une expĂ©rience de la gestion municipale, notamment comme ancien maire de Zouerate, une longue carriĂšre technique et industrielle au sein de la SNIM, ainsi quâune expĂ©rience de direction dâentreprise publique Ă la tĂȘte de la SOMASERT.
Il sâagit dâun profil technico-managĂ©rial, Ă la croisĂ©e de la gestion territoriale, de la conduite de projets et du management des services. Cette combinaison peut ĂȘtre un atout pour aborder le dossier avec davantage de mĂ©thode, de rigueur opĂ©rationnelle et de sens de lâorganisation.
Mais le profil dâun responsable, aussi expĂ©rimentĂ© soit-il, ne suffit pas. La rĂ©ussite dĂ©pendra de sa capacitĂ© Ă sâentourer dâune Ă©quipe technique compĂ©tente, Ă obtenir les moyens nĂ©cessaires, Ă clarifier les responsabilitĂ©s et surtout Ă faire appliquer les dĂ©cisions.
Le dynamisme affichĂ© par le nouveau ministre de lâIntĂ©rieur et lâexpĂ©rience du ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© de la DĂ©centralisation peuvent ainsi ouvrir une nouvelle perspective. Il reste maintenant Ă transformer cette volontĂ© en rĂ©sultats visibles sur le terrain.
9. Pour une réforme structurelle : sortir du cycle des contrats et des urgences
Lâhistoire de la gestion des dĂ©chets Ă Nouakchott montre que les rĂ©ponses ponctuelles et les changements successifs dâopĂ©rateurs nâont pas permis de rĂ©soudre durablement le problĂšme.
La capitale a besoin dâune rĂ©forme qui dĂ©passe la simple question du prestataire. Plusieurs orientations doivent ĂȘtre envisagĂ©es.
PremiĂšrement : un contrat fondĂ© sur les rĂ©sultats. Les paiements aux opĂ©rateurs doivent ĂȘtre liĂ©s Ă des indicateurs prĂ©cis : quartiers couverts, frĂ©quence de collecte, tonnages transportĂ©s, disponibilitĂ© des vĂ©hicules et respect des normes de propretĂ©.
DeuxiĂšmement : un contrĂŽle indĂ©pendant et transparent. Les prestations doivent ĂȘtre vĂ©rifiĂ©es sur le terrain, avec des donnĂ©es accessibles aux autoritĂ©s compĂ©tentes et des rapports pĂ©riodiques rendus publics.
TroisiĂšmement : une cartographie numĂ©rique du service. Le suivi GPS des vĂ©hicules, la pesĂ©e des dĂ©chets, la localisation des dĂ©pĂŽts et un systĂšme de signalement des points noirs permettraient de mieux contrĂŽler les opĂ©rations et dâintervenir rapidement.
QuatriĂšmement : une collecte organisĂ©e Ă plusieurs niveaux. La prĂ©collecte dans les quartiers difficiles dâaccĂšs doit ĂȘtre articulĂ©e avec le transport principal vers les sites de traitement ou dâĂ©limination.
CinquiĂšmement : la valorisation des dĂ©chets. Le tri, le compostage, le recyclage et lâexamen de solutions adaptĂ©es aux rĂ©alitĂ©s locales doivent progressivement complĂ©ter le systĂšme classique de collecte et dâenfouissement.
SixiĂšmement : la rĂ©habilitation des infrastructures. Les dĂ©pĂŽts temporaires doivent ĂȘtre amĂ©nagĂ©s et entretenus, tandis que le centre dâenfouissement de Tivirit doit faire lâobjet dâune Ă©valuation technique sĂ©rieuse afin de dĂ©terminer les investissements nĂ©cessaires.
SeptiĂšmement : la responsabilisation des citoyens. La sensibilisation doit ĂȘtre accompagnĂ©e de rĂšgles claires, de sanctions contre les dĂ©pĂŽts anarchiques et dâune meilleure disponibilitĂ© des Ă©quipements de proximitĂ©. Mais la sensibilisation ne doit jamais devenir un moyen de masquer les dĂ©faillances de lâopĂ©rateur.
10. Une seule entité pour piloter et coordonner le dossierUne réforme durable devra également répondre à une question institutionnelle essentielle : qui pilote réellement la gestion des déchets à Nouakchott ?
Les expĂ©riences passĂ©es montrent les limites dâune organisation dans laquelle les responsabilitĂ©s, les financements, les contrĂŽles et les interventions sont dispersĂ©s entre plusieurs structures sans coordination suffisamment efficace.
Il devient donc important de confier le pilotage opĂ©rationnel et la coordination de ce dossier Ă une seule entitĂ© clairement identifiĂ©e, disposant dâune autoritĂ© rĂ©elle, dâun budget lisible, dâune Ă©quipe technique et de mĂ©canismes de contrĂŽle.
Cette proposition ne signifie pas quâil faut supprimer les compĂ©tences lĂ©gales des communes. Elle vise plutĂŽt Ă mettre en place une structure unique de coordination et de pilotage, travaillant avec les communes et les autres acteurs concernĂ©s, afin dâĂ©viter les chevauchements de responsabilitĂ©s et les renvois permanents entre institutions.
La question de la forme juridique, des attributions et du fonctionnement de cette entitĂ© mĂ©rite une rĂ©flexion approfondie. Mais le principe doit ĂȘtre posĂ© : un service aussi stratĂ©gique ne peut continuer Ă fonctionner sans un centre de dĂ©cision clairement identifiĂ©.
11. Maintenir ARMA ou préparer une autre formule ?
Le dĂ©bat ne doit pas ĂȘtre rĂ©duit Ă une opposition entre le maintien dâARMA et son remplacement immĂ©diat.
Lâentreprise doit dâabord ĂȘtre mise face Ă ses obligations contractuelles et Ă©valuĂ©e sur des critĂšres objectifs. Si elle est capable de corriger rapidement ses insuffisances et dâatteindre les rĂ©sultats attendus, elle doit ĂȘtre tenue de respecter intĂ©gralement son engagement.
En revanche, si les dĂ©faillances persistent et sont Ă©tablies, les autoritĂ©s doivent prĂ©parer une alternative juridiquement sĂ©curisĂ©e. Cette alternative pourrait notamment reposer sur une organisation par zones, avec des opĂ©rateurs spĂ©cialisĂ©s, sous la coordination dâune entitĂ© publique unique et dans le respect des compĂ©tences communales.
Mais aucun nouveau contrat ne devrait ĂȘtre conclu sans bilan prĂ©alable des expĂ©riences Pizzorno, SMTD et ARMA, sans Ă©valuation des coĂ»ts rĂ©els et sans mĂ©canisme de contrĂŽle suffisamment solide.
12. Une urgence immédiate et une réforme à long terme
Ă court terme, la prioritĂ© doit ĂȘtre lâĂ©vacuation des dĂ©chets accumulĂ©s, le rĂ©tablissement de la collecte dans les quartiers les plus touchĂ©s et la remise en Ă©tat des dĂ©pĂŽts temporaires.
Dans les prochains mois, il faudra procĂ©der Ă une Ă©valuation technique et financiĂšre des contrats prĂ©cĂ©dents, clarifier les responsabilitĂ©s institutionnelles, renforcer le contrĂŽle des prestations et arrĂȘter une organisation opĂ©rationnelle cohĂ©rente.
Ă plus long terme, Nouakchott devra disposer dâun systĂšme moderne de gestion des dĂ©chets, intĂ©grant la collecte, le transport, le traitement, la valorisation et le contrĂŽle environnemental.
Il faudra surtout rompre avec une pratique devenue trop frĂ©quente : attendre que la situation se dĂ©grade, annoncer un plan dâurgence, mobiliser des moyens supplĂ©mentaires, puis revenir quelques mois plus tard au mĂȘme constat.
Conclusion : Nouakchott a besoin de rĂ©sultats, pas dâun nouvel Ă©pisode
De Pizzorno Ă la SMTD, puis dâARMA aux diffĂ©rentes rĂ©organisations institutionnelles, lâhistoire de la gestion des dĂ©chets Ă Nouakchott est celle dâune succession dâexpĂ©riences coĂ»teuses qui nâont pas apportĂ© la solution durable attendue.
Le bilan de la SMTD doit ĂȘtre rendu public. Les engagements dâARMA doivent ĂȘtre contrĂŽlĂ©s et respectĂ©s. Les communes doivent assumer leurs compĂ©tences lĂ©gales. LâĂtat doit garantir la coordination, le financement et le contrĂŽle du dispositif. Les citoyens doivent, de leur cĂŽtĂ©, respecter les rĂšgles de salubritĂ© publique.
Le nouveau pilotage confiĂ© au ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© de la DĂ©centralisation constitue une occasion de remettre de lâordre dans ce secteur. Mais cette nouvelle Ă©tape ne pourra rĂ©ussir que si elle sâaccompagne dâune volontĂ© rĂ©elle de transparence, dâune clarification institutionnelle et dâune exigence de rĂ©sultats.
Il ne sâagit pas de partager les fautes pour que personne ne soit responsable. Il sâagit de dĂ©finir clairement les obligations de chacun afin que nul ne puisse se dĂ©rober.
ARMA doit assumer pleinement son contrat. Les communes doivent assumer leurs compĂ©tences. LâĂtat doit garantir la cohĂ©rence et le contrĂŽle. Et le pilotage du service doit ĂȘtre confiĂ© Ă une entitĂ© clairement identifiĂ©e.
Nouakchott nâa plus besoin dâun nouvel Ă©pisode dans le feuilleton des marchĂ©s de propretĂ©. Elle a besoin dâune rupture avec les pratiques du passĂ©, dâune gestion transparente et dâune vĂ©ritable rĂ©forme de son systĂšme de traitement des dĂ©chets.
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