Tribune

Lettre à Monsieur le Ministre de l'Intérieur, de la Promotion de la Décentralisation et du Développement Local.

Par admin · 04/11/2026 à 12:38 · 33 vues
Lettre à Monsieur le Ministre de l'Intérieur, de la Promotion de la Décentralisation et du Développement Local.

Objet : FEUILLE DE ROUTE STRATÉGIQUE (2026-2027) – NOTE DE PRÉSENTATION.

Monsieur le Ministre et cher frère,

Alors que vous prenez les rênes de ce département régalien et hautement stratégique dans des circonstances sécuritaires, économiques et sociales particulièrement préoccupantes, je vous adresse mes vœux les plus sincères de plein succès.

Le fil précieux de notre histoire sécuritaire s'est tissé au gré des pas de nos plus illustres soldats.

Porteurs d'un héritage d'honneur, les premiers chefs de notre Armée, dont nos deux papas, Feu le colonel Hamoud Ould Nagi et Feu Ahmed Ould Bouceif, ont tracé dès l'aube de l'indépendance les chemins de la rigueur et de la résilience. 

C'est à travers leur commandement visionnaire et leurs sacrifices que s'est forgé le destin de nos institutions. Héritiers fiers de ce patrimoine commun, nous en préservons la mémoire avec une profonde gratitude.

Votre nomination intervient dans un environnement complexe, marqué par des menaces asymétriques et des défis multiformes. Veni, Vidi, Vici : Venir, Voir, Vaincre. Voilà ce que les Mauritaniens attendent de vous.

Tout en saluant les jalons posés par votre prédécesseur sur les flux migratoires, force est de constater une recrudescence préoccupante de la criminalité urbaine (agressions en plein jour, vecteurs motorisés, bandes organisées). Face à cela, votre commandement exigera une synergie interservices parfaite. 

Comme le soulignait Sa Majesté le Roi Hassan II : « À la recherche du parfait, il faut commencer tout de suite ». Vos récentes orientations posent les bases de cette action vigoureuse attendue par les populations.

Pour réussir, deux défis majeurs s'imposent : éradiquer la dilution des responsabilités par une culture de la redevabilité à tous les échelons, et procéder à une reconfiguration managériale audacieuse.

En qualité d'expert, mon attachement à la nation m'impose de décrypter les signaux faibles. C’est le sens de cette feuille de route, fruit d’une riche expérience de terrain.

Le diagnostic opérationnel exige un changement de paradigme immédiat à Nouakchott et Nouadhibou : passer d'une culture de l'élucidation (posture réactive) à une doctrine d'impédance, de dissuasion et d'interdiction (posture proactive et préventive).

Cette stratégie vise à neutraliser la menace à la racine, à enveloppe budgétaire constante, en privilégiant la prévention situationnelle et le renseignement criminel de proximité.

I. Reconfiguration managériale et gouvernance des Ressouces Humaines : la redevabilité

Pour briser l'inertie administrative, la gestion des postes clés doit s'articuler autour de trois axes :

• Audit de performance immédiat : Évaluation des directeurs centraux, régionaux (DRS) et commissaires sur la base d'indicateurs de performance (KPI) stricts (taux de couverture, temps de réponse, démantèlement des réseaux de drogue).

• Responsabilité partagée et déconcentrée : Fin de la centralisation excessive. Chaque chef de circonscription doit disposer d'une pleine autonomie opérationnelle et devenir comptable direct de la dégradation de la sécurité dans sa zone.

• Renouvellement des cadres : Remplacement des profils passifs par une nouvelle génération d'officiers formés au management de crise et au renseignement territorial. 

Les nominations doivent exclure tout calcul tribal, ethnique ou politique pour reposer uniquement sur la compétence, l'intégrité et l'aptitude au combat urbain.

• Culture de résultat :

 Application de méthodes managériales issues du privé. Si les chiffres (KPI) sont mauvais, les chefs devront rendre des comptes ou être remplacés.

II. Plan d'action opérationnel : Nouakchott et Nouadhibou, épicentres de la rupture

Le basculement vers la doctrine d'interdiction se matérialisera par un dispositif de proximité réactif et étanche :

1. Dissuasion et interdiction de terrain (Prévention situationnelle)

• Sectorisation et Hotspot Policing ( Police des points chauds) :

Découpage des métropoles en micro-secteurs. Intensification des patrouilles pédestres imprévisibles dans les zones enclavées et sombres de nuit, et concentration des ressources sur les zones de criminalité persistante.

• Éradication de la criminalité motorisée : Plan d'interdiction ciblé sur les deux-roues et véhicules sans immatriculation. Multiplication des checkpoints mobiles de jour comme de nuit, avec une lutte intransigeante contre le racket et les pots-de-vin qui biaisent l’efficacité des contrôles.

• Reprise des espaces publics dégradés : Opérations de saturation policière et visibilité maximale dans les marchés et quartiers périphériques pour inverser le sentiment d'impunité.

2. Renseignement et neutralisation des flux d'alimentation.

• Renseignement de proximité : Restructuration des réseaux de capteurs humains dans les quartiers pour identifier les signaux faibles, caches d'armes blanches et receleurs.

. Ciblage de l'économie souterraine : Task-forces dédiées au démantèlement des micro-réseaux de drogue (carburant de la violence urbaine) pour faire chuter directement le taux d'agressions.

• Étanchéité migratoire : Renforcement des ceintures périurbaines pour intercepter les filières clandestines avant leur sédimentation, bloquant ainsi l'exportation des savoir-faire criminels vers l'intérieur.

III. Le sens de la rupture : Répondre aux failles du terrain.

La sécurité ne s'administre pas, elle se commande. Face à la crise actuelle, les attentes des populations et vos exigences ministérielles de "non-satisfaction" doivent corriger des manquements précis :

• L'administration territoriale : Souvent critiquée pour sa bureaucratie de bureau. À l'inverse de la dynamique de terrain, de l'écoute et des qualités humaines impulsées par le Wali Hamoud Ould M'Hamed à Nouakchott Ouest, les Walis et Hakems doivent s'impliquer directement dans le pilotage des comités de vigilance et le contrôle effectif des prix des denrées de base.

• La Police et la Sûreté : Obligation d'intensifier le quadrillage visible dans les banlieues populaires (au-delà des zones sécurisées comme Tevragh Zeina) et d'adapter la réactivité face aux modes opératoires modernes (agressions en binôme à moto).

• Les services de renseignement : Devoir de cibler les grossistes et de démanteler à la racine les réseaux de distribution de stupéfiants (Tramadol, drogues de synthèse) qui gangrènent la jeunesse.

• Les élus locaux : Responsabilisation des mairies pour rompre l'isolement par l'éclairage des zones sombres et le déploiement de programmes municipaux de réinsertion.

Le cocktail explosif (Insécurité sociale et cherté de la vie)

L'inflation et le chômage poussent vers une délinquance de subsistance. Subir l'angoisse financière et la peur physique crée une rupture de confiance majeure avec l'État. Votre exigence de comptes hebdomadaires imposée aux Walis sur la criminalité et les prix est une thérapie de choc salutaire.

Monsieur le Ministre, le secret de votre réussite résidera dans votre capacité à devancer les crises. Faites de la cellule de coordination et de prévention votre bras armé opérationnel pour centraliser les menaces avant qu'elles n'éclatent. Notre communauté vous apporte son soutien total dans cette œuvre de salubrité publique pour que la Mauritanie demeure un pilier de stabilité régionale.

Col ret Mohamed Nagi

Expert en sécurité, trafics illicites et crimes transfrontaliers

[email protected]

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