Le pétrole franchit la barre des 100 dollars le baril après des frappes iraniennes
Mercredi, le Brent avait franchi pour la première fois depuis le 24 juillet le seuil des 100 dollars, clôturant à 101,64 dollars le baril, en hausse de 3,8 % . Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), avait bondi de 4,1 % à 96,85 dollars .
Ce jeudi, la progression s'est poursuivie : le WTI a franchi à son tour la barre des 100 dollars, s'échangeant à 100,22 dollars en hausse de 4,34 %, tandis que le Brent atteignait 105,36 dollars, en progression de 4,10 % .
L'accélération des derniers jours est particulièrement marquée. En une semaine seulement, le Brent a gagné environ 10,3 %, soit près de 10 dollars supplémentaires par baril . Sur un mois, la hausse atteint environ 20 %, et depuis le début de l'année, la progression frôle les 75 % .
Les causes de cette escalade
Cette flambée s'explique principalement par l'intensification du conflit américano-iranien. Les forces américaines ont détruit cinq pétroliers iraniens transportant du brut en réponse à des tentatives de viser un navire de guerre américain avec des missiles balistiques . Téhéran a riposté en lançant des frappes contre une base militaire américaine en Jordanie et en avertissant que des navires dans les ports du Koweït et de Bahreïn pourraient être pris pour cible .
Par ailleurs, les rebelles houthis soutenus par l'Iran ont lancé des attaques contre plusieurs sites énergétiques en Arabie saoudite, notamment à Jazan, Najran, Abha et Khamis Mushait, blessant 73 personnes . Saudi Aramco a été contraint de suspendre les opérations de certaines de ses raffineries .
Un impact économique majeur
Cette envolée des cours inquiète les économistes qui redoutent un impact direct sur l'inflation mondiale. La hausse du pétrole se transmet aux carburants, aux coûts de transport et de production, affectant potentiellement le pouvoir d'achat des ménages et les marges des entreprises .
Aux États-Unis, le prix moyen de l'essence atteignait 4,22 dollars le gallon mercredi, en hausse de 10 cents en une semaine et de plus d'un dollar sur un an. Le gazole a atteint un record historique de 5,94 dollars le gallon . En France, le litre de Sans-Plomb 95 s'élevait à 2,12 euros en moyenne, en hausse de 8 centimes en une semaine .
« Le franchissement des 100 dollars par le Brent est un jalon psychologique majeur pour les marchés, mais la préoccupation plus importante est ce que cela signifie pour l'inflation », analyse Lukman Otunuga, responsable de la recherche chez FXTM . « Un choc pétrolier prolongé pourrait maintenir les pressions sur les prix et compliquer la trajectoire des banques centrales. »
Une situation structurelle
Pour certains analystes, cette hausse n'est pas conjoncturelle mais bien structurelle. « Je pense que le marché essaie de traiter cette hausse des prix de l'énergie comme un phénomène ponctuel. Ce n'est pas le cas. C'est structurel. Cela ne va pas disparaître, et cela fait partie de ce que je qualifierais de prime de sécurité. Et cela ne fera que s'accentuer », estime Jeffrey Currie, co-président d'Abaxx Markets .
Environ 10 millions de barils par jour, soit environ 10 % de la demande mondiale, sont toujours absents du marché en raison de la guerre en Iran, selon les estimations de Vortexa . Les stocks stratégiques américains ont été réduits à leur plus bas niveau depuis 1982, ne contenant plus que 289,7 millions de barils .
Alors que les espoirs d'une résolution durable du conflit qui dure depuis six mois s'amenuisent, les analystes s'attendent à ce que la volatilité persiste sur les marchés énergétiques dans les semaines à venir.