Tribune

Le naufrage de l'esprit ou le culte de l'ignorance

Par admin · 21/09/2026 à 15:17 · 64 vues
Le naufrage de l'esprit ou  le culte de l'ignorance

Il fut un temps où l'ignorance inspirait la honte, où l'analphabétisme appelait la compassion, où l'erreur provoquait la correction. Ce temps semble révolu. Aujourd'hui, dans un renversement vertigineux des valeurs, l'ignorance n'est plus un handicap : elle est devenue un tremplin. L'analphabète n'est plus à plaindre : il est à admirer, pour peu qu'il brille sous les projecteurs. L'erreur n'est plus à corriger : elle est à célébrer, pour peu qu'elle serve un discours.

Voilà le drame de notre société. Non pas que l'ignorance ait toujours existé ,elle est vieille comme le monde mais qu'elle soit érigée en strapontin pour la réussite. On n'accède plus au savoir par l'effort, on accède à la reconnaissance par le vide. Le bruit remplace la pensée, l'assurance remplace la compétence, la formule choc remplace le raisonnement. Et le pire, c'est que cela fonctionne.

Dès lors, le danger ne nous guette plus : il nous habite. Nous ne le voyons plus venir de loin, lance en main, tel un ennemi identifiable. Nous le subissons de plein fouet, dans nos institutions, nos médias, nos conversations, nos esprits. Une société qui récompense l'ignorance finit par produire de l'ignorance en série, et par mépriser ceux qui la combattent.

Mais il y a plus grave encore. En cédant à ce culte, nous détruisons ce qu'il y a de plus fort en nous. Car notre force véritable ne réside ni dans nos armes, ni dans nos richesses, ni dans nos technologies : elle réside dans notre capacité à penser, à douter, à apprendre, à nous dépasser,à préserver les valeurs qui font notre fierté . C'est cela, le propre de notre humanité. C'est cela que nous sabordons. Chaque fois que nous préférons le confort de l'opinion à l'inconfort de la réflexion, nous nous amputons un peu plus de nous-mêmes.

La connaissance et la culture ne sont pas des ornements de salon. Elles sont les fondations invisibles sur lesquelles repose toute civilisation. Les fissurer, c'est préparer l'effondrement. Les mépriser, c'est scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis.

Que faire, alors ? Ni céder au cynisme, ni sombrer dans le mépris des ignorants, car l'ignorance se combat par la transmission, non par l'arrogance. Il s'agit de résister, patiemment : lire, enseigner, débattre, transmettre. Refuser la complaisance sans tomber dans le dédain. Croire, contre vents et marées, que la lucidité finit toujours par peser plus lourd que le vacarme.

Car une société qui renonce à sa propre intelligence n'est pas seulement en danger : elle a déjà commencé à mourir. Et ce qui meurt en elle, c'est ce qu'elle avait de plus fort.

 

 

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