Le gaz mauritanien : à qui profite la manne énergétique ?
La réponse, loin d’être monolithique, dessine un double marché : d’un côté, une exportation massive vers des clients internationaux de premier plan ; de l’autre, une consommation intérieure naissante, destinée à soutenir le développement national.
Cette ressource stratégique est principalement destinée à l’exportation, et les cargaisons de GNL prennent le chemin de marchés variés, reflet de la souplesse commerciale de Nouakchott.
Les données récentes montrent une géographie des achats en constante évolution. Si la Chine a raflé la majeure partie de la production en 2025, les flux se sont rééquilibrés en 2026, avec une prédominance des acheteurs méditerranéens. La Turquie et l’Égypte sont ainsi devenues les principaux importateurs du gaz mauritanien, tandis que des pays européens comme l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et la Grèce figurent également au rang des clients réguliers, séduits par une alternative énergétique compétitive.
Derrière ces achats spot ou contractuels, l'acteur majeur qui tire les ficelles est le géant britannique BP, via sa filiale BP Gas Marketing (BPGM). Celui-ci a signé un accord-cadre pour commercialiser l’intégralité du gaz issu de la phase 1 du projet GTA, agissant comme un chef d’orchestre commercial qui assure la liquidité et la distribution du produit sur les marchés atlantique et asiatique.
Parallèlement à cette frénésie exportatrice, la Mauritanie amorce un tournant décisif en réservant une part croissante de ses ressources à son propre marché. L’objectif affiché est clair : utiliser la manne gazière pour stabiliser le réseau électrique et attirer les industries lourdes.
En juillet 2026, le groupe saoudien Acwa Power,un géant de l'industrie a officialisé un contrat historique pour alimenter la future centrale de N’Diago avec du gaz mauritanien. Ce projet, d’envergure régionale, symbolise la volonté de la Mauritanie de ne plus être seulement un exportateur de matières premières, mais aussi un fournisseur d’énergie pour sa propre industrialisation.
En somme, le gaz mauritanien n’a pas un seul, mais plusieurs visages. Il est à la fois une monnaie d’échange prisée sur le marché volatil du GNL où Turcs, Égyptiens et Européens se disputent les cargaisons et un levier de souveraineté énergétique, dont les premiers bénéficiaires sont, à terme, les foyers et les usines du pays. L’équilibre entre ces deux pôles d’achat déterminera en grande partie l’avenir économique du Pays.