L'ancien Président Abdel Aziz écrit au Président Mohamed Cheikh Elghazouani :une balle perdue?
Une lettre signée le 15 septembre 2026 a été transmise jeudi au palais présidentiel par ses avocats, adressée au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
La demande centrale est claire et urgente : autoriser Aziz à quitter le pays pour recevoir des examens et des soins médicaux. La lettre est accompagnée d'un dossier médical complet détaillant la dégradation continue de son état de santé depuis son incarcération.
Dans ce courrier, Aziz brosse un tableau alarmant de sa condition physique. Il affirme souffrir d'une grave insuffisance respiratoire chronique, accompagnée d'épisodes récurrents de dyspnée, au point de ne « plus pouvoir dormir ni rester dans une position fixe ». Il évoque également des problèmes cardiaques et circulatoires, dont un infarctus survenu en détention. Ses avocats citent des rapports médicaux faisant état de « modifications pulmonaires compatibles avec un stade précoce de fibrose pulmonaire » et recommandant un transfert vers un centre spécialisé en Europe pour un diagnostic approfondi.
Aziz ne présente pas cette démarche comme une supplique. Il qualifie explicitement sa lettre d'« alerte » et non de « requête », et attribue la responsabilité directement à Ghazouani. « Tout le monde sait que tout ce que j'ai subi, quoi qu'il en soit, relève de votre responsabilité personnelle », écrit-il.
Plus explosif encore sur le plan politique, Aziz revient sur la controverse centrale qui a conduit à la confiscation de ses biens. Il soutient que plusieurs actifs saisis par la justice étaient en réalité des « cadeaux offerts par Ghazouani lui-même ». Cette affirmation vise à saper à la racine l'origine des biens sur lesquels repose la seule accusation ayant abouti à une condamnation : l'« enrichissement illicite ».
Il critique également l'équité de la procédure judiciaire, affirmant que la Cour suprême l'a acquitté des charges de détournement de fonds publics, abus de pouvoir et trafic d'influence. Seule l'accusation d'« enrichissement illicite » aurait été retenue, sur la base d'une « interprétation juridique contestée ». Il dénonce une « action politique déguisée en procédure judiciaire », dont l'objectif serait de « le détruire politiquement ».
À ce stade, la présidence n'a pas réagi publiquement au contenu de la lettre.
Cette dernière démarche constitue un nouvel épisode de la rupture totale entre les deux hommes.
En mai 2025, Aziz a été condamné en appel à 15 ans de prison, la Cour suprême rejetant son pourvoi en cassation en novembre de la même année. Depuis son incarcération en janvier 2023, sa santé ne cesse de se dégrader, devenant un enjeu central de l'affrontement.
Pour les analystes, l'effet pratique de cette lettre pourrait rester limité. Comme l'écrit LeCalame à propos d'une précédente lettre publique d'Aziz en avril : « La balle est sortie du camp présidentiel ; le président ne peut pas grand-chose pour lui. » Mais en liant directement sa crise de santé à la « responsabilité personnelle » de Ghazouani, Aziz s'offre au moins une nouvelle occasion de se faire entendre sur la scène publique.