Francophonie:Coumba Ba ,la candidature de la dernière chance pour l'Organisation
À quelques jours du sommet de Phnom Penh, la candidature de Coumba Bâ à la tête de l’OIF est devenue bien plus qu’une simple alternative mauritanienne. Portée par une diplomatie discrète mais méthodique, elle incarne aujourd’hui l’option de compromis la plus crédible pour désamorcer le duel Rwanda–RDC qui menace de paralyser l’organisation. Ses chances réelles dépendront toutefois de sa capacité à transformer cette neutralité en majorité de voix lors d’un scrutin désormais inédit.
Un contexte de crise et un scrutin inédit
Le 20e Sommet de la Francophonie, prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, s’ouvre dans un climat particulièrement tendu pour l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). L’organisation traverse une zone de fortes turbulences, marquée par le retrait annoncé en mars 2025 du Mali, du Niger et du Burkina Faso, ainsi que par des tensions persistantes entre la France et plusieurs de ses anciennes colonies. Surtout, pour la première fois de son histoire, le ou la secrétaire générale ne sera pas désigné(e) par consensus, mais élu(e) au terme d’un vote des chefs d’État et de gouvernement, conformément à la réforme institutionnelle adoptée en 2022. Quatre candidats sont en lice : la sortante rwandaise Louise Mushikiwabo, la Congolaise Juliana Lumumba, la Mauritanienne Coumba Bâ et l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș.
L’atout maître : une candidature de compromis
La force de Coumba Bâ ne réside pas dans une promesse de rupture spectaculaire, mais dans sa position singulière. Dans un scrutin où les deux principales candidates africaines s’affrontent par procuration ,Kigali soutenant Mushikiwabo pour un troisième mandat et Kinshasa portant la candidature symbolique de Lumumba , la Mauritanie apparaît comme un acteur neutre dans le dossier des Grands Lacs. Un remplacement direct d’une Rwandaise par une Congolaise serait perçu comme un désaveu politique pour Kigali et risquerait de fragiliser l’équilibre diplomatique construit entre Paris et le pouvoir rwandais, tout en alimentant les tensions régionales.
Dans ce contexte, l’option Coumba Bâ est présentée par plusieurs observateurs comme une voie médiane permettant d’éviter une confrontation ouverte entre Kigali et Kinshasa. La Mauritanie n’ayant jamais occupé le poste, incarne un compromis géographique et culturel à la charnière des deux Afriques, une alternance porteuse de sens. Cette position est d’autant plus crédible que la candidate a mené une campagne active auprès des pays d’Afrique centrale, région d’origine de ses deux concurrentes africaines, afin de montrer que sa candidature n’est « ni en réaction ni en opposition » à celles des autres. Elle a également sollicité des soutiens variés, du Tchad au Congo, en passant par la Centrafrique, et revendique avoir rencontré plus de quarante États sur les cinquante-trois votants.
Les scénarios de victoire
Les chances de Coumba Bâ dépendent largement du mode de scrutin et de la dynamique des reports de voix. Si aucun candidat n’obtient de majorité claire au premier tour, les soutiens africains qui se répartissent entre les différentes candidatures pourraient se reporter sur elle, à condition qu’elle soit perçue comme la seule alternative crédible à une confrontation frontale entre le Rwanda et la RDC. Son profil consensuel, moins exposé médiatiquement que ses concurrentes mais doté d’un solide réseau relationnel, est précisément conçu pour séduire les États membres soucieux d’éviter une guerre d’influence trop politisée.
Deux scénarios se dessinent.
Premier scénario : le duel Rwanda–RDC se radicalise et bloque toute élection au consensus ; la Mauritanie émerge alors comme la seule candidate capable de recueillir une majorité de voix de compromis, y compris au-delà du continent africain. Second scénario : l’un des deux blocs africains parvient à imposer son candidat dès les premiers tours, marginalisant de facto la candidature mauritanienne. La position de la France et du Canada, principaux bailleurs de l’OIF, sera déterminante dans l’un ou l’autre cas.
Une chance réelle, mais étroitement conditionnée
À quelques jours du sommet, il serait hasardeux de désigner une favorite. La candidature de Coumba Bâ n’est ni celle d’une outsider sans ressource, ni celle d’une favorite incontestée. Elle est la candidature de la dernière chance pour une OIF qui risque de se fracturer sur l’autel des rivalités régionales. Sa réussite dépendra de sa capacité à faire de sa neutralité non pas une position d’attente, mais une offre politique crédible : celle d’une Francophonie « d’utilité, de cohérence et d’équilibre », selon sa propre formule. Si les chefs d’État réunis à Phnom Penh cherchent avant tout à préserver l’unité de l’organisation, Coumba Bâ a une carte réelle à jouer. S’ils cèdent aux logiques de blocs, sa candidature restera ce qu’elle a été tout au long de la campagne : une élégante hypothèse de sortie de crise, mais une hypothèse non retenue.